lundi 23 mars 2015

Délivrance

Aconitum napellus

© Philippe Vandenberghe

Suicide assisté par ordinateur

Stop! Deux, ça suffit ; les dégâts sont irréversibles. C’est trop !
Le vase est brisé.
Deux femmes, l’une indissolublement liée par la biologie (était), l’autre choisie par folie consentante mais éloignée trop tard (était mais est encore quand des sentiers se croisent).
Deux femmes qui utilisent des mots de destruction massive, des femmes parfaites, en tous points.
Le mot qui fait mal, très mal et en continu, acide déversé en goutte à goutte, sans cesse, l’une après l’autre avec l’espoir ultime d’une dernière goutte.
Non !
Et encore une, jamais la dernière.
Une salissure permanente ; une castration sémiologique ; une ontologie du néant.
Plus d’existence, un mal irréparable.
Une découpe au scalpel, morceau par morceau ; le martyr du Rabbi Akiva lacéré au peigne de fer. Le
עשרת הרוגי מלכות pour un nul.

« Oh, tu sais toi ; oui mais tu devrais ; mais lui c’est autre chose ; il est bien lui ; c’est pour ton bien ; je ne pense qu’à toi ; tu vas mal finir ; combien de fois je devrai te le dire ; tu creuses ta tombe ».

Quelle belle sollicitude ! Vingt années pour commencer et quatre années pour terminer !

Toujours pris au dépourvu, donc sans voix pour se protéger et devant témoin, surtout devant témoin. Quelle délicieuse perversion mise en place pour achever la bête, le crétin.
Ce refus du corps, du sang, de la sueur, du sperme, de l’urine et de la merde aussi.

Deux vierges immaculées, mais surtout deux vierges noires, deux comtesses Elisabeth Bàthory en leur château de glace. Du venin au lait d’ânesse.

Alors ce matin, je me suis posé.
Une vingtaine de gouttes de Chlorydrate de naxolone pour apaiser le corps…doucement un bon quart d’heure avant la délivrance.

Il fait beau, j’ai placé mon meilleur relax dans la pelouse près du lilas en fleur. Un blanc!
Petit tabouret pour déposer quelques petites affaires, un livre inutile : « Les mémoires d’Hadrien » (je l’ai déjà lu trois fois) ; mon I-Pad pour écouter Brahms, son requiem allemand, très fort ; mon verre de jus de fruit, surtout mon verre de jus de fruit… celui-là tout à fait indispensable.

Il y a quelques jours je les ai râpées puis séchées mes racines, réduites en poudre pour en avoir six bons grammes – c’est suffisant- pour mon jus de fruit.
Voilà enfin la solution rajoutée : « 20-ethyl-3α,13,15α-trihydroxy-1α,6α,16β-trimethoxy-4-(methoxymethyl)aconitane-8,14α-diyl 8-acetate 14-benzoate » dans mon jus de fruit, en fait un jus d’orange bien frais. Je l’ai pressé « maison » !

Allez, parti pour un moment détonnant ! Tout de suite !

Paresthésie et lourdeur immédiate. Très, très rapide. Mon livre tombe à terre.

Analgésie, plus mal !

Hyperhidrose, froid, froid, sueur, des litres de sueur.

La respiration se bloque.

étouffement, juste une fleur de lilas dans le regard concentrique.

Vomissures. Fini.

Ffffuiiit.

Réussi !

Aconitine

2 commentaires:

Anonyme a dit…

J'ai lu et relu sans très bien savoir comment formuler...

Naturellement, je suis bien placée pour comprendre (je crois pouvoir le dire), étant passée souvent par là (de préférence le dimanche après-midi... Sauf que je suis moins douée que toi en botanique) et probablement pour des raisons assez proches, malgré des spécificités parfois différentes. Age, genre, mais au bout du compte, on en revient au même point.

C'est diablement bien écrit, et ça, c'est imparable.

Je pourrais dire mille et une choses, mais c'est difficile à formuler. Aussi bien par écrit qu'oralement.

En tout cas, les comtesses (et les comtes) Bàthory ne valent pas la peine qu'on se concocte le dernier jus d'orange - sauf en écriture... En tout cas à cause d'eux.

(C'est cependant le cas dans "Fausse-Rivière", de Maurice Denuzière, mais parce que l'héroïne est décédée).

Anonyme a dit…

Continuez à écrire de cette belle façon, avec le corps, avec le cœur mais de grâce, n'abrégez pas votre vie sur terre. Plein de surprises vous attendent encore. Des bonnes et des mauvaises.