mercredi 18 août 2010

Ce cher Oleg


Guerre Froide

A l’exposition universelle de Bruxelles en 1958, j’avais 7 ans.
On l’appelait l’ « Expo 58 » et j’en ai des souvenirs autant vivaces qu’incroyables.
Mais ce dont je me souviens avec le plus d’acuité c’est la frayeur, devrais-je dire la terreur, que je pus observer chez mes parents lors d’une visite du pavillon russe.



Ce pavillon gigantesque, haut et rond fait d’un mélange de froideur et de pompe, présentait un amoncellement de tout ce que l’Union Soviétique faisait de mieux en conquête spatiale – on y voyait pendre du plafond le Spoutnik, premier satellite de l’espace – mais aussi les avancées dans tous les domaines scientifiques et il faut l’avouer, les russe étaient très forts en vulgarisation scientifiques.
Cela ne pouvait que plaire à un gamin comme moi curieux de tout et de machines en particulier.

Au détour d’un couloir présentant les progrès de la médecine, un bonhomme, en tablier blanc coiffé de ces inimitables calots des médecins psychiatres russes, prodiguait un exposé qui devait être passionnant à quelques savants internationaux.
A sa vue mon père blêmit et je l’entendis chuchoter à l’oreille de maman : « c’est Oleg… on fout le camp ».

Je fus agrippé sans comprendre et en deux minutes nous étions sur l’esplanade à l’abri dans la foule. Je n’y comprenais goutte. Mes parents étaient terrorisés, blêmes, muets et puis, le souvenir de ce moment effrayant s’estompa dans ma mémoire.

Quelques années plus tard, un jour que nous évoquions ces souvenirs de l’ « Expo 58 » en famille, je demandai à mon père : « Mais papa, qui était ce Oleg ? ».

Alors papa nous fit le récit le plus inquiétant que j’entendis de ma vie. Au début des années 50, au Congo, mon père était en poste en pleine brousse sur la Lulua. Nous y occupions un des rares bungalows du poste. Quelques autres blancs et nous-mêmes formions donc une toute petite communauté où chaque personne jouait son rôle de bon colon.

Papa qui avait été « vaguemestre » dans l’armée française dans les années 40 cumulait donc cette fonction de postier en plus de celle de comptable pour la Société d’élevage qui l’employait. Cela lui laissait peu de temps et les mois passaient en labeur acharné entrecoupés de quelques chasses dans la brousse avec un ou deux copains.
C’est au cours d’une de ces chasses au léopard que le petit groupe découvrit le cadavre de Hermann O., citoyen helvète, pasteur baptiste, botaniste original et coureur de brousse le plus souvent seul, ce qui lui avait plus d’une fois été déconseillé.
Le cadavre gisait quasi nu au détour d’un sentier en latérite, les orbites déjà éclatées et crevées par les vautours, mais l’impact au milieu de la poitrine provoqué par une balle de gros calibre ne laissait planer aucun doute sur la cause du drame.

Hermann O. avait été assassiné.

De retour en catastrophe au poste, toute la petite communauté avait été solidement ébranlée et dans les semaines qui suivirent un Administrateur Territorial fut nommé pour prendre en charge l’enquête et choisi papa et deux « boys » de confiance pour l’aider dans cette tâche.

On se rendit vite compte qu’avait disparu du poste assez rapidement un des prospecteurs russes qui officiait pour le « Groupe Minier du Sud Kassaï ».

Le fameux Oleg.

Les fouilles des habitations des deux protagonistes et les résultats de l’enquête firent apparaître une bien curieuse histoire.
Le bon pasteur baptiste s’avéra être surtout un botaniste hors pair dans la recherche de plantes psychotropes et hypnotiques. Le bonhomme était, on le découvrit un « honorable correspondant » d’une société pharmaceutique dont le siège, oh hasard !, était basée à Genève.

Quant à Oleg – ce qui ne devait pas être, on s’en doute, son vrai prénom – on ne le retrouva jamais ; jusqu’à ce jour maudit où mes parents revirent au détour d’une salle du pavillon russe de l’ « Expo 58 » le visage bien reconnaissable de Oleg, médecin psychiatre et sans doute agent du KGB qui à l’époque enfermait arbitrairement tout opposant en hôpital psychiatrique en les détruisant à petit feu à coup de drogues aussi mortelles que variées.
Une belle promotion pour un assassin sans scrupule.

© PhVdb

dimanche 8 août 2010

Tache et contre-tache


Baltique

Rothko
Letton Croco
Fumées bleues
Baïkonour
Ne pas, Ouïgour
Hanse bleue
Exil du Tragédien
Nietzsche
Inconscient du rien
Conscient du tout
Profil, face
Vacuité du fou
Bleu, blanc, trace

Petits mots pour ne rien dire

(c) PhVdb

mardi 3 août 2010

Peste aviaire


Entre deux Morts

Fil tendu au dessus de l'abîme
En son milieu d'horreur
Crie!, la mouette
Crisse à l'aveuglette d'élytres sanglantes.

Séracs brisés dans le profond, nous la vîmes
D'os, d'entrailles et d'humeurs
Crève la!, mouette
Brise et piquette les cartilages tremblants.

Chute brisée au fond de l'abîme
Du bouillonement de mes peurs
Hurle crécellette
Mon corps s'en va, vaguelette dans le cruel torrent.

(c) PhVdb le 29 juillet 2010 à Malemort du Comtat

vendredi 7 mai 2010

Le sabre de Kellermann, Maréchal d'Empire

Les chagrins les plus vifs sont le fruit des pertes de notre enfance.

J'eus un grand père qui perdit un ami vers l'âge de huit ans, de folle manière.
Ce mien papy quasi centenaire vivait dans la décennie qui vit s'affronter les Empires aux abords de la ville de Bapaume, centre européen de confrontations teutonesques et titanesques idéalement situé au milieu des plaines d'Artois. En huit siècles, ces terres de glaise et de marne avaient englouti plusieurs milliers de bataillons et le fer rayait l'araire à chaque labour.

P. M... - l'ami bien aimé -  vivait dans une grande bâtisse non loin du centre, à quelques pas de la  fonderie familiale.
Frôlant la faillite depuis les années 1870, les Fonderies des Bronzes de Bapaume vivotaient depuis une commande impayée du dernier Empereur Napoléon III, bourgeois dispendieux et piètre stratège.
"Badinguet", le petit monarque en perdit sa couronne et de misérables "calcul rénaux" achevèrent le déchu.
Cette fameuse commande, une belle vingtaine de maréchaux d'Empire (le premier), qui à cheval, qui à pied, avaient été stockés, pour certains ébauchés mais de belle hauteur, dans les jardins bien abandonnés ma foi de la vieille demeure familiale des M...
Il règnait dans ce jardin sauvage, aux herbes folles,aux fougères abondantes, aux noisetiers noueux et aux chênes centenaires, une fureur que nos gamins avaient appris à apprivoiser à longueur de jeux, de joutes, de duels, de combats et d'étripements, tous plus sanglants les uns que les autres. Une ruine de "folie" baroque et un vieux pont chinois aux trainées sanglantes de laques délavées, leurs faisait revivre Arcole, Valmy ou Austerlitz. Les vieux bronzes tout verdits et décatits étaient les adversaires immobiles et redoutables des deux gamins.

En 1914, mon grand père avait suivit contre son gré ses parents, soeurs, matou, carriole, hardes et tous le saint-frusquin utile ou inutile, mais toujours précieux, plus bas que Paris; "planqué" à l'arrière comme ils disaient dans le journal des poilus: "Le Crapouillot".
P. M... était resté seul à Bapaume avec sa mère, car le père, colonel de cavalerie au IIème Spahis, régiment colonial honoré et honorable, s'était englué dans le pays meusien pour la défense de forts désarmés par des badernes galonnées d'état-major. Le pauvre colonel devait être aussi figé dans sa tranchée que ses bronzes d'empire dans son jardin de Bapaume.

Hélas un soir de février 1915, un violent bombardement précéda une charge germanique sur la région de Bapaume et le centre ville ne fut vite qu'un hurlement de feu, de brandons et de cendres. La propriété des M... n'y échappa point; la fumée et les éclairs des obus éclaboussèrent le vieux jardins de feux de géhenne, de tonnerre et d'éclats, réduisant les chênes centenaires en des squelettes noircis et brisés.

Dans les jours qui suivirent, on dénombra dans la ville les victimes, essentiellement civiles, et on trouva le petit P. M... mort parmi les héros, au centre des bronzes renversés et brisés. Son corps avait été, de part en part, transpercé d'un sabre; le sabre de Kellermann, Maréchal d'Empire, Duc de Valmy. Le corps de la mère fut retrouvé non loin de son fils.

Après la guerre, le père miraculeusement épargné des durs combats sur la Somme, en Champagne et à nouveau aux environs de Verdun, mais de plus veuf, écrivit une brève et douloureuse lettre à notre famille pour lui annoncer la perte de son cher petit P... . C'est ainsi que mon grand père apprit la mort de son jeune ami.
Il en pleurait encore, parfois, il n'y a pas bien longtemps.

Dans les années vingt, M... qui avait relancé la fonderie se vit honoré d'une providentielle commande de la République. Il devait reproduire les maréchaux de la "Grande Guerre"... la der des ders; Joffre, Pétain, Lyautey et d'autres destinés à garnir de pompeux Mémoriaux.

Las! L'arrivée au pouvoir du Front populaire mit ce projet en veilleuse car les pacifistes n'étaient sensibles qu'aux premiers congés payés et déclamaient  vigoureusement un tonitruant: "plus jamais ça" ; rebelote, la fonderie refit faillite... définitivement.
C'est un soir de juin 40 qu'un régiment de panzers commandé par Gudérian détruisit les dernières reliques de la propriété des M...

On retrouva M..., devenu entretemps général de réserve, en grande tenue d'officier des Spahis le lendemain matin, gisant dans son sang sur le seuil de la vénérable demeure réduite à l'état de ruine.
Ne pouvant supporter cette dernière humiliation, il s'était tiré une balle dans la tête avec son révolver d'ordonnance.

(c) Ph Vdb

dimanche 18 avril 2010

Vanitas, vanitatum...


Un dimanche de cendre et de soleil.

Qui sommes-nous? Que sommes-nous? Cendre parmis les cendres.
Matière auto-formée en fractales absurdes et vaines mais fécondée de phantasmes lubriques.
Nuage de cendres, nuages de vies absurdes de néant animal.
Vanité de l'avoir, vanité de l'être, inutilité du savoir, pédanterie de la culture.
La Vie se fait fi de toute compréhension; elle est; elle demeure; elle nous survit au-delà de nos gesticulations bêtes et grotesques.
Nous la maculons en rut parasitaire alors qu'elle est un Univers infini et pur, sans tâches, immaculée de galaxies titanesques.
Nous la souillons de nos étrons glauques, de nos parasites venants du devenir, de notre sperme insane, de nos gastrulas gargouillantes.
L'être ne mérite que le Néant. Que la lumière du soleil crâme les rôts de nos Trous noirs et que nous retournions rapidement au Big Bang salvateur.
Ainsi, nous sommes..., ainsi sommes-nous, danse macabre, danse de cendre!

(c) Ph Vdb

mercredi 31 mars 2010

Un pyromane


Le miracle de Sainte Barbe

J’ai retrouvé hier cette fameuse bannière de Sainte Barbe dans un fond de tiroir. Vieux bout de velours vert délavé avec quelques restes de broderies et pendeloques. Une inscription en latin - illisible - et les restes décapités d’une pauvre Sainte en fil d’or tout décati.
J’ai repensé alors au Boulu.

« Le Boulu » ce vieux poivrot plus laid que le dernier des Casimodos, géniteur accidentel de deux filles simplettes mais gentilles qui de temps à autre se promenaient dans le village avec un chien tout galeux, puceux et calé dans une poussette d’enfant, affublé parfois d’une guipure de dentelle toute pisseuse de saleté.
« Le Boulu » nous avait étonnés au village, un matin d’hivers, quand il avait donné l’alerte d’un feu de broussaille rapidement maitrisé par les pompiers du coin.
L’étincelle dans ses yeux nous avait paru suspecte à plus d’un.

Quand le feu s’était déclaré quelque temps après dans sa baraque, nous n’avions plus douté des délabrements mentaux du personnage. Le gaillard avait même réussi à se casser la cheville en sautant du premier étage, d’une pièce d’où ne sortait pas un anneau de fumée.

Quelques temps plus tard, comme de coutume, le village s’était endormi bien tranquillement ce soir là.
Mais il ne fut pas question de dormir cette nuit là.
Ma ferme se situant en face de l’église au delà du monument aux morts des deux guerres – un poilu, fusil en avant, tourné vers l’est d’un pas martial - , j’entendis vers trois heures du matin des craquements en cascade comme des pétards de carnaval.

Le temps que j’émerge de mon sommeil, déjà des sirènes nous avertirent qu'en fait de carnaval, les événements seraient moins drôles qu’un bal populaire.
En quelques minutes le temps fut suspendu et nous fûmes nombreux à converger rapidement vers l’édifice qui s’enflammait. Directement les hommes du village dont je fus, sortirent les trésors de l’église déjà ancienne puisqu’elle avait été bâtie par le Chapitre d’Orval au XVIIème siècle.
A  folles enjambées, à bout de bras, les bancs, prie-dieux, stalles, autels et maître autels, chasubles et bannières, tout le saintointoin baroque ou rococo se retrouvèrent cul par-dessus chaise dans mon fenil grand ouvert sur le brasier du saint office lequel, maintenant, pétaradait des milles et une ardoises en schiste qui volaient dans la rue éclairée par les volutes rougeoyantes des flammes de tous les feux de l’enfer.

« Le Boulu » bien excité devant un tel spectacle dantesque, qu’il avait lui-même provoqué, fut rapidement appréhendé par les hommes du feu et la police arrivée peu après.

Dans le plus fort de l’incendie, nous vîmes dans mon fenil le plus incroyable tableau qui puisse avoir été peint par un Pirandello fou de cubisme psychédélique ; un amoncellement de mobilier sans queue ni tête enluminé des flammes et des éclats bleutés des gyrophares.

Bien des femmes du village pleuraient à chaudes larmes et tous nous fûmes bien choqués d’un tel désastre.

Après quelque cinq années de travaux de restauration, l’édifice et son contenu furent rendus au culte quasi à l’identique de ce que les vieux du village avaient connu.
Le seul souvenir qui me reste de cette folle nuit est ce misérable bout de tissu retrouvé dans un tiroir : la bannière de Sainte Barbe, sainte patronne des artificiers, artilleurs et pompiers.
Un vrai miracle !    


© Ph Vdb

vendredi 19 mars 2010

MERCI


Ce très beau livre sur "la douleur", je l'ai lu avec infiniment de gratitude vis à vis de son auteur et une fois n'est pas coutume je livre ici un texte très intime qui m'a été adressé par M...:

..."j'ai choisi pour toi ce livre parce que l'auteur a deux points communs avec toi: une grande passion - la Grande Guerre - et de grandes souffrances physiques.

Au delà de ces accointances, je l'ai aussi choisi pour le titre: "Dans ma peau" car... dans ta peau se trouve ce mystère insondable de l'amour, cet amour infini que tu me témoignes et qui me fait tant de bien; ce trésor que la vie a mis entre mes mains. Et ta peau elle-même est la frontière insaisissable de ce trésor, que j'aime tant effleurer, regarder"...
M

dimanche 14 mars 2010

Quel Combat?


 Saint Gilles

« A Salam al ekoum »
Je m’appelle Ishane de la famille des Boussfia « Que Dieu les protège ».
Ce n’est pas moi qui écris ; c’est Madame Nathalie. Moi je ne sais pas écrire. Madame Nathalie est animatrice au centre d’alphabétisation et elle m’a encouragé à raconter mon histoire.
J’ai débarqué à Bruxelles il y a une dizaine d’année et j’avais à peine dix huit ans. Il faisait nuit et il pleuvait à mon arrivée à Saint Gilles.
J’ai beaucoup pleuré cette nuit là et les suivantes aussi.
Mon mariage avec Mouloud, un lointain cousin, n’a été qu’une succession de nuits de larmes.
Longtemps je n’ai eu comme seul paysage que les murs sales et noirs de ma rue. Je ne pouvais sortir de chez nous et les quelques promenades que je pouvais faire se limitait à faire les achats de nourriture au marché du Parvis de Saint Gilles toujours précédée de mon mari.
Le voile qui cachait souvent mes larmes m’enlaidissait et plus d’une fois j’ai trébuché sur les pavés de la rue Ransfort.
J’ai accouché de mes deux premiers enfants à la maison.
A la naissance de Medhi, le bébé s’est mal présenté et j’ai été  transportée à l’hôpital Saint Pierre où une doctoresse m’a sauvée de justesse.
« Inch Allah, j’en remercie Dieu »
Mon mari m’a battu pendant des années mais il y a un an mes enfants m’ont aidé à partir de la maison. J’ai pris le métro pour la première fois avec ma fille car je ne sais pas lire les indications de direction et je me suis réfugiée dans un centre d’accueil.
Là l’assistante sociale m’a conseillé d’aller au CPAS pour demander un revenu d’intégration sociale comme ils disent.
C’est à l’ONEM qu’ils m’ont obligé à suivre des cours d’alphabétisation où j’ai rencontré Madame Nathalie.
« Shoukran pour ce don de Dieu »
Maintenant avec d’autres participants, nous préparons une petite pièce de théatre et j’en ai peint les décors avec des jolis dessins comme ceux qui décoraient les murs de ma maison d’enfance au Maroc.
Je pense que je vais être plus heureuse maintenant.
« Inch Allah ».

(c) Ph Vdb

dimanche 28 février 2010

Parfum d'Orient

 

PIVOINE

Jets verts érigés
Voiles acides
Thurions courbes
Veinés, serrés

Tige raide
Verte, velour
Perles de suée
Sucrées

Globe rouge perlé
Filet translucide
Epaisseur lourde
Cramoisi, dressé

Abandonné, frisseli de la moire
Boule éclatée, soie, papier crépon
Rouge sang, étincelle noire
Fragrance sourde, parfum profond

Tu es Pivoine

© Ph Vdb

Conte fantastique


La dernière danse de « Captain Jack »

Comme souvent en toutes circonstances, nous ne connaissons certaines personnes que via des liens éloignés de parenté ou qui ne sont que des connaissances de connaissances et encore… d’oui dire en oui dire, d’affabulation en affabulation. En fait nous ne les connaissons tout bonnement pas.

Et pourtant, j’ai connu « Captain Jack ». Oh, l’espace d’un instant. Un instant tellement fugace que vous n’allez pas me croire !

« Captain Jack » était le parrain du gamin d’une connaissance. Nous y voilà à l’affabulation. Mais tout ce que je vais vous raconter est vrai, de A à Z.

Situons les personnages : la connaissance était un vague voisin plus souvent imbibé de boisson de Bacchus que de thé glacé, le gamin était l’ami, d’un ami, d’un ami et gentil, je dois le reconnaître.
Quant au parrain, il n’était pas capitaine, mais, vieux célibataire, il avait servit des années comme steward sur une ligne de paquebots de plaisance en mer Baltique.
La « Royal Swedish Line ».
Il y avait dansé des années de bâbord à tribord et plus accessoirement fait danser des vielles sexas aux décolletés gourmands et aux permanentes mauves pailletées d’argent, de rumba en samba en passant par des cha-cha-cha suivis de quelques valses et fox-trot.
Les danses latinos n’avaient plus de secrets pour lui.
N’avaient, car le bougre avait cassé sa pipe, définitivement, bêtement, à terre, devant son immeuble, en traversant la rue, avec son bichon maltais. Renversé par un bus !
Le bichon en profita d’ailleurs pour se faire la malle.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, le gamin de la connaissance fut le seul légataire universel du « Loup de mer ». Héritier de l’appartement, des meubles lourdaux, bibelots et bambocheries, de trois chats galeux et d’un « Gigantesque Aquarium Exotique ». L’ensemble était en toc, kitch, affreux, laid ; le royaume du style
« hispano-brabançon ». En fait le vieux était très sûr de son goût, mais n’avait pas le goût très sûr.

Le gamin voulant récupérer l’aquarium, seul objet qui peut fasciner un gamin, nous organisâmes un déménagement en bonne et due forme car le vague voisin n’était point motorisé.

Dans la place et tout en transvasant les poissons dans de multiples bidons prévus à cet effet, le père du gamin nous faisait remarquer pour chaque objet accumulé, la fortune du « parrain ».
Une grande tapisserie représentant une « Chasse », cerfs et cors au point de croix, devait représenter une manne de dollars incalculable aux yeux de mes comparses.

Dans l’enthousiasme de tant d’ors et de richesses, tout à coup le voisin, un peu gris déjà, me demanda si je voulais voir « Captain Jack ».
Interprétant mon silence poli comme acceptation enthousiaste, je fus littéralement poussé dans le salon interdit aux dudit chats galeux; pièce fermée, sacrée, feutrée de tapis et velours épais, sombre et traversée de rais de lumières diffusées pas un store en partie clos.

Là, bêtement figé au milieu de la pièce, incrédule, je vis le voisin entamer une gigue folle - clamer de manière fortement avinée :
« Qu’il est riche Parrain !» en cascade verbale et rocailleuse - agripper sur la cheminée un vase que je ne vis pas sur l’instant mais dont le couvercle allât valdinguer sur une collection de petits verres en cristal de Bohême posés sur un guéridon en malachite, les brisant sur le coup en une myriade d’étoiles colorées et scintillantes.
Et, éjecté du vase, une urne funéraire en fait bien réelle celle là contenant les cendres de parrain, se vidant, en un nuage de poussière crissant au rythmes de « cucarachas » imposé par l’hôte du lieu.
Un beau mouvement au tempo endiablé d’un barman fol-dingue, il eut tôt fait de vider l’urne.
Le nuage de cendre se répandit dans toute la pièce dans un halo mordoré, spiralé en volutes irisés, nous entoura tous, spectateurs aux yeux écarquillés hallucinés d’une dernière aurore boréale... sur la Baltique.

... et « Captain Jack » entama sa dernière danse.

© Ph Vdb

jeudi 11 février 2010

Self sosie


Je
est converti
à la pourpre cardinalice
à la semence révolutionnaire
à la lutte finale génétique
à la confession perpétuelle
à la communion des idées
au délire ontologique
au foutre simoniaque
El Greco, batard de Minos
Tes couleurs éclatent
De perfusions sanglantes
Amen

(c) PhVdb Hommage à El Greco dont on expose quelques magnifiques toiles au "Bozar"

dimanche 31 janvier 2010

Leur rabattre le caquet

 

Crêtes et rognons de coq.
Piquez les crêtes avec une fourchette et plongez-les pendant deux secondes dans l'eau bouillante. Frottez-les immédiatement avec un essuie-main ou un torchon assez rude pour enlever la peau fine qui recouvre la crête. Coupez les pointes de ces crêtes et jetez-les dans l'eau froide pour les faire dégorger et blanchir.
Mettez le lendemain dans une petite casserole du jus de citron, du beurre, du sel, un peu d'eau et laissez bouillir pendant 10 minutes.
On les fait cuire aussi avec des champignons.
Quand on passe les crêtes au beurre, on ne doit pas plus le ménager pour celles-ci que pour les champignons, afin de les avoir blanches.
Le beurre s'emploie après dans les sauces.
Les rognons (de coq) se mettent également à l'eau froide. Les crêtes étant presque cuites, on y met les rognons, seulement pour jeter un bouillon.
Cette préparation va servir de base à la recette des "crêtes de Strasbourg" que je vous présenterai dans un prochain article!

Toujours extrait du "livre de la fine et de la grosse charcuterie" par Cauderlier en 1915


Ils nous parlent

  
Marion Pieteraerens 26 10 1943

"Et non... Je ne crois plus aux miracles, pas plus que je ne crois encore à ceux qui nous regarderaient du haut du ciel. Ceux que j'aimais qui sont morts sont bien morts et ne sont jamais revenus pour me dire quoi que ce soit" a dit Pivoine blanche...

Et pourtant:
D'une farde jaunie
Un pastel,
Une feuille
Une pensée paisible
Une parole transmise
Dans le secret
L'héritage
Nié

Et pourtant
Des livres cornés
Une bibliothèque
De lectures interdites
Un homme fragile
Créateur d'images
Un Juste
Jugé
Nié

(c) PhVdb. In memoriam: Jules Pieteraerens, mon grand père inconnu.

samedi 30 janvier 2010

Hommage à Howard Zinn

 

Le monde ouvrier : Eden ou Gehene ?

Il y a quelques temps d’ici, j’entendais une présentatrice de la radio faire les louanges d’une pièce de théatre basée sur l’histoire du monde ouvrier.
Cette pièce, très belle au demeurant, se voulait la radiographie d’une certaine réalité sociale. La présentatrice parlait de « poésie ». Je restai sans voix
Car enfin, que reste-t-il des luttes ouvrières du XIX siècle ?
Un certain romantisme qu’elles véhiculaient est-il encore de mise ?
Que cachent les structures ouvrières, les structures sociales, les liens de solidarité d’aujourd’hui ?
Y a-t-il encore des ouvriers au XXI siècle ?
Qui sont-ils, comment vivent-ils ?

Autant de questions qui se posent actuellement et dont la réponse est un cri de rage car le monde ouvrier existe bien – un travailleur sur trois en Belgique a le statut d’ouvrier – et ce n’est pas un statut social particulièrement enviable !
Et je n’ose parler des ouvrières et ouvriers dans le tiers-monde et dans les pays « émergeants ».

Cher ami intellectuel, la misère est à nos portes (closes).

D’abord, le monde ouvrier est composé de plus en plus de travailleurs non qualifiés travaillant à des postes non qualifiants. A côté d’un atelier de pointe (pour l’aéronautique par exemple) combien de petits et grands ateliers (sans oublier le tertiaire) qui ne permettent AUCUNES passerelles vers AUCUNES qualifications.
Les taches sont non valorisantes et exécutées dans des environnements préjudiciables aux travailleurs. Bruit, poussières, passage du chaud au froid, absence de lumière du jour, cadences infernales, les poses escamotées pour « partir plus tôt »…
« NO FUTUR ».
Mais derrière cela, la valse des heures supplémentaire… Payées le double me direz-vous. Que nenni mon cher ami !
Taxées plus du double et suprême perversité décomptées en récupération des jours prestables non prestés car il n’y a pas toujours de travail.
Et ce qui reste est payé en NOIR. (Cachez ce sein que je ne saurais voir…)
Bingo pour l’employeur gagnant à tous les coups.

Mais qui sont ces travailleurs non qualifiés ?
Des jeunes, beaucoup de jeunes ; des « immigrés » première ou deuxième génération ; un flot d’intérimaires, des « hors circuits » mis au travail dans des circuits « informels » le bâtiment ou l’horeca le plus souvent.
Des travailleurs n’ayant reçu aucune qualification ou bien une formation mal adaptée. Beaucoup de jeunes maghrébins d’origine se cassent les dents sur ce dernier point.
Des jeunes, soi-disant scolarisés jusqu’à 18 ans, mais qui sont en décrochage scolaire dès leurs 13-14 ans.

J’imagine que vous avez compris que cette masse de travailleurs n’a pas d’engagement social ni politique. Oublié les syndicats !
Normal ! L’Ecole n’enseigne REIN de ce que 80% de nos enfants vont devoir affronter dans leur vie professionnelle.
Les cours de morale, de civisme : RIEN, RIEN, RIEN ! Les cours d’histoire : toujours RIEN !
Discipline, ponctualité, effort, perfection, solidarité, sécurité, méthode… Mais non l’Ecole n’est pas là pour çà et puis c’est tellement démodé.

Et puis la drogue s’est infiltrée dans tout ce processus. UN TIERS de ces jeunes fument un peu, beaucoup…
Une fumette çà n’a jamais tué personne. Ben si – Pourquoi ?
Car la prudence face aux problèmes de sécurité s’estompe, la mémoire faiblit, le sens de la hiérarchie et la responsabilisation par rapport au travail se réduisent et les conséquences peuvent être dramatiques.
Accident de travail, oublis, erreurs et perte d’emploi sont souvent des points de non retours.

Mais enfin, ils ont la santé ces grands gaillards.
Vous croyez ?
Vous n’imaginez pas le nombre de congés de maladie qui s’accumulent sur l’année.
En tête, les maladies respiratoires, tel que bronchites, bronchites asthmatiforme chronique et j’en passe.
En deuxième lieu, les petits et grands « bobos », pieds, chevilles,genoux et mains, au boulot ou au football, coupures, fractures, fêlures, brûlures, torsion, contusions, écrasement.
Le gosse malade, foutu c’est le chacun pour soi, plus de solidarité, même plus familiale.
La malnutrition ! Mais enfin en Belgique au XXI siècle, vous n’y pensez pas.
Ben si je le vois tous les jours, croyez-moi. La « mal-bouffe » de notre ami Coffe est souvent remplacée par « pas de bouffe » du tout en fin de mois.
Les restos du coeur ne sont pas toujours remplis de SDF.

Pourquoi croyez-vous que les idéologies d’extrême droite et les partis politiques qui prônent ce genre de discours remportent un tel succès ? Comment voulez-vous qu’un tel largage social génère des attitudes de solidarité, de générosité, d’altruisme.
Ce monde est en souffrance, déstructuré, largué, isolé dans une consommation suicidaire, un endettement irréversible.
Les services du personnel dans les entreprises le savent bien quand la moitié des ouvriers subissent des saisies sur salaire !
Je n’ai même pas parlé des familles éclatées ; les couples ne tiennent pas le coup dans ce tourbillon de problèmes.

Alors, caricature me direz-vous. Ce n’est pas vrai, ce n’est pas possible. Vous mentez, vous exagérez !

Hélas non, je suis le triste témoin ces dernières années de cette situation, les lieux de travail de certains de mes proches, des entreprises extérieures avec qui je suis en contact, dans la cité sociale où j’habite.

Alors, le monde ouvrier Eden ou Gehene ?

(c) PhVdb 
Howard Zinn, historien américain vient de décéder à l'âge de 87 ans.